Formateurs et IA : menace ou opportunité pour les organismes de formation ?
Accessible Ă tous, sans formation prĂ©alable, l’IA gĂ©nĂ©rative a suscitĂ© la mĂŞme curiositĂ© chez les formateurs que dans les autres mĂ©tiers : tester, explorer, voir ce que ça donne. Pour certains professionnels, elle est devenue un levier de performance ; pour d’autres, elle fragilise leur position. Que change rĂ©ellement l’IA dans le mĂ©tier de formateur ? Et comment les organismes de formation peuvent-ils rĂ©duire cet Ă©cart avant qu’il ne s’installe ?
Les profils de formateurs que l’IA fragilise en premier
Certains profils de formateurs sont plus directement menacés par l’IA.
Le formateur dont la valeur repose avant tout sur la maĂ®trise du contenu. Lorsque sa lĂ©gitimitĂ© tient avant tout Ă sa connaissance du domaine, l’IA peut gĂ©nĂ©rer un contenu de niveau comparable en quelques minutes.
Le formateur dont la valeur repose avant tout sur la conception pĂ©dagogique gĂ©nĂ©rique. CrĂ©er un programme, structurer un parcours, rĂ©diger des supports, ces tâches reprĂ©sentaient une part significative de son temps de travail et de sa valeur perçue. Or l’IA produit dĂ©sormais un squelette de parcours exploitable en quelques minutes.
Le formateur dont la valeur repose avant tout sur sa productivitĂ©. Il livre vite, traite beaucoup, gère un volume important de formations ou d’apprenants. Avec l’IA, ce rythme devient un standard accessible Ă tous, y compris Ă ceux qui travaillaient moins vite.
Les profils de formateurs que l’IA renforce
Ă€ l’inverse, certains profils voient leur valeur renforcĂ©e avec l’intelligence artificielle.
Face au formateur qui transmet du contenu, celui qui crĂ©e de l’expĂ©rience d’apprentissage prend une longueur d’avance. En effet, l’IA peut produire un cours mais elle ne peut pas animer un groupe, gĂ©rer une dynamique collective, ni adapter sa posture en temps rĂ©el. Ce que l’apprenant vient chercher en prĂ©sentiel (l’interaction, le questionnement, la mise en situation) reste irremplaçable.
Face au formateur qui conçoit, celui qui maĂ®trise l’ingĂ©nierie pĂ©dagogique devient plus prĂ©cieux. La raison ? L’IA ne garantit ni la cohĂ©rence d’un parcours, ni l’alignement avec des objectifs mĂ©tier, ni la pertinence des modalitĂ©s d’Ă©valuation. La valeur du formateur se dĂ©place alors de la production vers l’analyse, la correction et l’arbitrage.
Face au formateur qui livre vite, celui qui utilise l’IA dĂ©lègue les tâches de production et libère du temps pour ce qui crĂ©e rĂ©ellement de la valeur : personnaliser les parcours, approfondir l’accompagnement, dĂ©velopper son expertise sur des sujets de niche.
L’IA permet aussi d’élargir le périmètre de compétences. Par exemple, un formateur peut améliorer la qualité visuelle de ses supports (mise en page, design, structuration) sans compétence graphique spécifique, ce qui renforce immédiatement l’expérience d’apprentissage.
Où en sont réellement vos formateurs face à l’IA ?
Certains formateurs utilisent déjà ChatGPT ou Claude pour structurer un programme ou analyser des évaluations tandis que d’autres n’y ont jamais recours. Entre les deux, il existe une grande diversité de pratiques, rarement partagées ou encadrées. À cela s’ajoutent des formateurs plus réticents au changement, parfois déjà en difficulté avec la digitalisation. Pour ces profils, l’IA peut être perçue comme une contrainte supplémentaire, alors même qu’elle pourrait simplifier certaines tâches et améliorer leurs pratiques.
Résultat ? Certains gagnent en efficacité et en qualité quand d’autres continuent de fonctionner avec des méthodes plus chronophages. Ce décalage pose deux enjeux :
- un enjeu opérationnel : tous les formateurs ne produisent plus au même rythme ni avec le même niveau de structuration.
- un enjeu organisationnel : sans cadre commun, il devient difficile d’harmoniser les méthodes, de garantir un niveau de qualité homogène et de valoriser le travail réalisé.
Avant mĂŞme de dĂ©cider comment intĂ©grer l’IA, il faut savoir oĂą en sont rĂ©ellement vos formateurs. En Ă©valuant le niveau de maturitĂ© de vos formateurs vous serez en mesure d’objectiver les pratiques existantes, d’identifier les Ă©carts et de structurer une montĂ©e en compĂ©tences cohĂ©rente.
Pour vous situer rapidement, vous pouvez vous appuyer sur notre outil d’évaluation de la maturité des formateurs face à l’IA.
Les premières étapes pour structurer les pratiques IA en tant qu’OF
Quel que soit le niveau de maturité de vos équipes, il est essentiel de structurer les pratiques en matière d’IA.
Cartographier les usages de l’IA existants
Dans la plupart des cas, l’IA est déjà utilisée mais de manière informelle, individuelle et non documentée. La première étape consiste donc à rendre ces usages visibles.
Concrètement, cela peut passer par un état des lieux simple :
- Identifier les outils utilisés (ChatGPT, Perplexity, autres),
- Recenser les cas d’usage réels (conception de programmes, rédaction de supports, analyse d’évaluations…),
- Comprendre à quelles étapes ils interviennent (préparation, suivi, administratif),
- Évaluer le niveau d’autonomie des formateurs.
Ce travail peut ĂŞtre menĂ© via un questionnaire interne, des entretiens rapides ou un atelier collectif. Profitez de notre kit d’Ă©valuation.
Poser un cadre commun
Une fois ces pratiques identifiées, l’enjeu est d’éviter qu’elles restent individuelles et disparates.
Un premier levier consiste à structurer un parcours de formation court, centré sur les usages concrets de l’IA : comment formuler un prompt, produire une base de contenu, relire et valider les outputs, intégrer ces outils dans ses pratiques pédagogiques ?
Il est également nécessaire de poser des règles communes :
- Définir ce qui peut être fait avec l’IA et ce qui ne doit pas l’être (notamment sur les données sensibles),
- Clarifier les attendus en termes de relecture et de validation,
- Identifier les formats à harmoniser en priorité (programmes, bilans, supports),
- Documenter les pratiques retenues pour qu’elles restent accessibles Ă tous.
Enfin, ces règles ne tiennent que si elles sont partagĂ©es et discutĂ©es collectivement. C’est pourquoi nous vous conseillons d’organiser des temps d’Ă©change rĂ©guliers (retours d’expĂ©rience, cas d’usage, bonnes pratiques) pour garder une visibilitĂ© sur ce qui se fait rĂ©ellement et permettre Ă vos formateurs d’avancer ensemble sur le sujet.
En conclusion, l’IA n’est ni une menace absolue ni une opportunitĂ© automatique. Elle accentue ce qui existait dĂ©jĂ . Les formateurs dont la valeur reposait sur des tâches reproductibles sont exposĂ©s ; ceux qui misaient sur l’interaction, le jugement et l’ingĂ©nierie pĂ©dagogique sont renforcĂ©s.
Ce qui se joue pour les organismes de formation n’est donc pas tant la question de l’IA elle-mĂŞme, mais celle de l’Ă©cart qui se creuse en silence entre leurs formateurs. Plus cet Ă©cart s’installe sans cadre, plus il devient difficile Ă corriger. Pour structurer concrètement votre dĂ©marche, appuyez-vous sur notre guide « IntĂ©grer l’IA dans un organisme de formation » !